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Mise à jour le 25 janvier 2017

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06.12.2016 16:27 Il y a : 204 days

Pratiques agricoles respectueuses

Le Moulin de la Côte au Château-d'Oléron se trouva bien animé ce Mardi 29 novembre.


Etudiant GEMEAU et élèves STAV

Etudiant GEMEAU et élèves STAV

 

Dans le cadre de la journée baptisée « En route vers des fermes économes en pesticides – Produire autrement – Restaurer la qualité des eaux terrestres et littorales», nombreux furent les participants. On y trouva producteurs de la terre et de la mer, acteurs au cœur de la réflexion du jour ainsi que d’autres professionnels. Mais pas seulement, en effet des étudiants d'un lycée du secteur, ainsi que les apprenants de la filière GEMEAU et STAV du lycée agricole Georges Desclaude de Saintes sont venus écouter les débats avec intérêt.

 

La journée commença d'abord par un accueil chaleureux des animateurs, puis l'organisateur du projet Claude SORIAU, président d'InPACT Poitou-Charente, démarra la séance. Le programme de la matinée fut riche entre les différentes thématiques abordées. Ainsi Jean-François PERIGNE, mytiliculteur et paysan de la mer comme il aime à se définir, exposa le danger permanent qui pèse sur son métier. Son territoire d'élevage se trouve en effet à la merci du moindre changement de l'écosystème marin. Or, selon ses dires, des industries modernes se seraient appropriées depuis l’après-guerre le marché des produits phytosanitaires. L’utilisation de ces produits sur les parcelles agricoles aurait un impact par le biais des cours d'eau sur les ostréiculteurs et mytiliculteurs dont certains ne cessent de voir leurs cheptels dépérir. «  Quel éleveur accepterait de voir 80 % de son cheptel mourir, et encore sans primes ? » lance-t-il à l’assemblée, l'air dépité. Le constat alarmiste de cette mortalité donna le ton sur la réflexion de cette journée : comment réduire l'utilisation des intrants chimiques sur les cultures, en lien avec la problématique de la qualité de l’eau ? Cet objectif apparaît en effet comme une priorité pour les producteurs de la mer qui voient leurs activités impactées par celles terrestres en amont sur les bassins versants.

 

Trouver des méthodes alternatives à l’utilisation des intrants chimiques fut le fil conducteur de cette réunion. Les animateurs se succédèrent et présentèrent au travers des résultats de leurs expérimentations techniques et scientifiques, les orientations possibles pour l'agriculture de demain. De multiples informations furent énoncées lors de ces exposés. Comme l'effet positif des pollinisateurs sur les rendements des culture entomophiles, cela s’entend, mais également de façon plus surprenante sur celui des céréales dont le blé. Or ces populations de pollinisateurs sont durement affectées par le recours aux insecticides et herbicides. Ainsi Vincent BRETAGNOLLE, Directeur de recherche au CRNS de Chizé, mène de longue date avec les agriculteurs partenaires de la Zone Atelier Plaine et Val de Sèvre des expérimentations aux résultats remarquables, voire étonnants. « La diminution couplée de l’utilisation des herbicides et des engrais azotés n’a pas d'effet sur les rendements des cultures » assène-t-il sans sourciller. Selon ses observations, l’utilisation des herbicides éliminerait les plantes adventices, ce qui est le but, mais porterait lourdement atteinte en victimes collatérales aux pollinisateurs en les privant d’une ressource alimentaire dont ils sont dépendants pour leur survie. Au final ce serait la fécondation des cultures qui pâtirait de leur disparition, donc les rendements, donc les revenus des agriculteurs. Un exemple éloquent, d'après ses relevés les coquelicots assureraient jusqu’à 60 % de l’alimentation des abeilles en mai-juin en zone de grandes cultures. Et d'autres espèces de voir aussi leurs effectifs diminuer, telles l'outarde canepetière, le busard des roseaux ou l'alouette des champs. Mais quid avec moins d'herbicides des graines d’adventices qui s’accumuleraient dans les champs ? « Les espèces granivores justement en éliminent à elles seules 90 % » rétorque le scientifique. Et qu'en est-il de la qualité des blé avec moins d’azote s’inquiète à juste titre un convive interpelé par ce constat ? « Elle se maintien, voire elle augmente même ! Mais ceci est conforme à la théorie biologique. On ne peut pas en même temps produire de la biomasse et des protéines dans les grains ». Un autre questionnement fut posé dans le cas du colza pour lequel la fréquence des traitements est plus élevée que pour les autres grandes cultures, mais sur lequel pourtant « les insecticides n’apportent rien au rendement, mais pénalisent en revanche le revenu agricole ».

 

D’autres techniciens prirent la relève, dont Clarisse ROBINEAU de la Chambre d’Agriculture de Charente-Maritime pour présenter les résultats d’essais de système de cultures économes en intrants, et Jerome TRUTEAU d’AgroBio Poitou-Charentes sur les résultats technico-économiques observés en grandes cultures en mode de production biologique.

 

Une intervention jeta enfin un autre pavé dans la mare, ou plutôt dans la claire, quand un acteur du programme régional Re-Sources se leva dans l'assemblée et annonça que 90 % des molécules chimiques d’origine agricole retrouvées dans l’eau étaient des molécules herbicides. Le chiffres jeta un froid, à l'instar de l'air marin de la journée.

 

Ces différents témoignages ont ouvert un large dialogue entre les différents acteurs du territoire. La matinée se clôtura par un discours du président de la Communauté de Communes de l'Ile d'Oléron, Pascal MASSICOT, qui présenta la politique d’aménagement menée par les élus successifs sur l’île en cohérence et continuité pour tenter de conférer une image d’île nature.

 

L'après-midi fut divisée en 6 ateliers thématiques Les participants avaient libre choix sur deux d'entre eux où débats argumentaires et outils pédagogiques ludiques étaient mis en œuvre.

 

Ces ateliers avaient pour but de faire passer un message aux participants, celui de l'importance de faire évoluer les pratiques agricoles pour apporter des solutions aux problèmes que les usages ont mis en exergue. Notons le discours d'un vigneron de l’île, Pascal FAVRE, venu raconter sa conversion dans l'atelier « Méthode alternative en viticulture » et qui prône ni plus ni moins qu’une conversion intégrale en bio du vignoble oléronais pour y construire selon lui une identité de qualité autour des produits de la vigne et de la nature. Ou encore la façon originale de présenter leurs recherches par les animatrices de l'atelier « Auxiliaires et culture associée » qui fit fonctionner les esprits tout en apprenant beaucoup sur des espèces généralement inconnues du grand public. La biodiversité et l'équilibre écologique de l'environnement sont des éléments fondamentaux qui doivent être pris en compte par tous, le message fut donné.

 

Au bilan de la journée, le constat fut établi que de plus en plus d'acteurs choisissent des méthodes alternatives pour réduire l'usage des pesticides et des engrais chimiques. Ils utilisent des processus issus du vivant et compatibles avec la fonctionnalité des écosystèmes, de surcroît gratuits. Une plus-value environnementale et économique non-négligeable pour les agriculteurs dans le contexte actuel.

 

Il ne s'agit pas d'aller contre la nature mais avec elle, tel est bien le sens de l’agro-écologie donné par ces échanges sur le thème de « produire autrement ». Faire en sorte de modifier les pratiques pour une plus grande durabilité de l'agriculture, de la terre et de la mer de conserve.